entretien
Eva Prouteau, mai 2014

peux-tu évoquer la naissance de danny steve ?

à l’époque, je voulais pénétrer l’édition indépendante qui était un milieu alternatif constitué essentiellement de garçons blancs under the big black sun. ce pseudonyme était une sorte d’armure, de camouflage, les échanges avaient lieu par courrier uniquement et cette identité générique se prêtait aux fantasmes de mes interlocuteurs

le tampon que tu utilises comme signature renvoie plus à nintendo

mes influences personnelles allaient de la scène punk aux jeux vidéo, plus généralement au divertissement urbain, l’ennui adolescent et ses différentes expressions

danny steve signait et signe toujours avec un tampon, pourquoi ?

le tampon sert de signature, de label, de motif visuel. le tampon faisant foi, il garantit à la fois l’authenticité et l’anonymat et me permet de jouer avec cette dépersonnalisation de l’auteur et l’ambiguïté entre l’original et la copie

quand utilises-tu cette identité pour la première fois ?

j’avais trouvé une carte postale représentant un paysage méditerranéen, en quadri mal imprimée et vierge de tout autre élément, dans la neige d’une rue de cluj napoca, une belle ville équipée des vieux bus parisiens et brisée par la dictature. il y avait une inquiétante étrangeté dans cet objet dérisoire, impersonnel et déplacé. la première édition danny steve est la reproduction de cette carte postale accompagnée d’un emprunt à ezra pound qui avance que le paradis n’est pas artificiel mais spezzato apparemment, il n’apparaît que par fragment inattendu. un chien était l’autre motif associé à danny steve, il a fait l’objet d’un canevas publicitaire collectif par exemple

tu as fait de ce nom un principe unificateur au sein d’une production éditoriale fragmentée, éclatée

oui, cette notion de fragment est au cœur de mes éditions qui travaillent la question de la relecture, de l’amorce et du récit troué ou évanescent. c’est un principe unificateur qui revendique la dispersion, l’instabilité, l’incertitude

ce pseudo résonne aussi comme un principe de séduction ambigu

il fait référence à une sous-culture attractive et consommable, familière pour ne pas dire universelle. ma pratique de l’emprunt, parfois du plagiat ou du fanart, joue avec ce style de l’absence de style, du kitsch. ensuite l’inquiétude vient du flottement, de la vacance du contenu, d’un rien de trop ou de trop peu

l’incertitude porte aussi sur le genre

cette résonance androgyne participe en effet du brouillage. d’un point de vue historique, l’hermaphrodite est une figure intéressante, une unité bipolaire indivisible, une promesse de plénitude qui met mal à l’aise

en parallèle, tu explorais l’habillage de scènes musicales, sur fond de musique répétitive et d’énergie collective. c’est abraham moles qui t’a donné le goût du vjing ?

il m’a transmis son intérêt pour la musique expérimentale, pour la perméabilité des médiums, il a encouragé mes recherches esthétiques liées au pixel, à la boucle cinétique, aux scénarios d’interaction intuitive. projeter ces images dans un espace d’évasion collective était un contexte idéal et les fondre à la musique de derrick may, daniel bell, ça devient exaltant. j’ai élaboré une application simple sur un modèle de jeu vidéo basique qui me permet d’utiliser et de modifier mes boucles en direct, sur des grands formats irréguliers. les projections vidéo constituent souvent le seul éclairage de l’espace, je suis alors au commande du décor, c’est atmosphérique et semi autonome seulement, je sers de capteur, il faut écouter avec attention et inspiration, et danser. l’énergie collective qui préside à ce genre d’événement est une expérience assez intense, ça ressemble à cette scène de point break où johnny utah se retrouve à surfer en pleine nuit avec une bande de hors-la-loi. dans ce cadre de messe festive, je pouvais impulser des motifs qui caractérisent le reste de mon travail : la question de la répétition, de la durée, du mouvement, du paysage

tu as une forme de résistance à la technologie — avec des programmes obsolètes, une esthétique 8bit, une économie de moyen, une image sciemment floue

une image de basse définition est émouvante, vulnérable. avec ces projections, c’est la lumière qui m’intéresse, dans une forme d’épure, un simple algorithme peut être fascinant appliqué à un seul pixel, pixel blanc d’antoine schmitt en est la preuve. les appareillages et les logiciels changent au jour le jour alors que la doctrine globale change peu et lentement. la simplification à l’essentiel est une méthode d’accès au subtil, alors souvent plus c’est rudimentaire, mieux c’est. ceci dit, la dimension nostalgique est présente dans mon travail

dans ton projet baptisé trou carré, cette poésie du flou, de la fragilité et du low-fi est aussi très présente

trou carré est un projet collectif dont les membres, plus ou moins variables, ont en commun un attrait pour une certaine mystique cybernétique, les premiers automates cellulaires, les premiers hackers, it from bit... la physique numérique ou la théorie du chaos sont des mondes imaginaires mais observables et vérifiables, ça laisse rêveur. c’est cette rêverie qu’on essaye d’introduire dans ce qu’on appelle entre nous des tableaux trou carré. notre proposition est essentiellement affective. le scénario d’interactivité repose sur l’intuition voire l’illusion, la suggestion de scénarios fictifs, l’éventualité de l’autonomie du programme perceptible dans son dysfonctionnement. souvent un ordinateur tombe en marche tu sais... notre but n’est pas la construction complète et définitive d’un jeu vidéo mais l’expérimentation approfondie de fragments réduits à l’extrême, isolés, qui constituent des environnements contemplatifs, des quiet club comme dirait brian eno

il y a une coloration pop et mystique en général dans tes propositions graphiques, où la transe du geste appelle à la contemplation

oui, je joue avec tout ça. dans les statues meurent aussi, chris marker et alain resnais, montrent qu’une certaine statuaire vaut pour son geste, sa réalisation est un rituel autonome, fait de répétition, de transe, d’abnégation

on pourrait dire de tes paysages, par exemple ceux de la série eight, qu’ils sont psychopompes, qu’ils suggèrent des rites de passage

j’ai travaillé cette voie graphique après avoir observé le public dans une exposition des dessins de william blake, qui révèlent lorsqu’on s’en rapproche de très près des micro-trames affolantes. le dessin attire physiquement l’œil à lui, le visage de l’observateur finit immanquablement collé à ces représentations hallucinées. j’avais envie de rentrer dans ce système de représentation. les dessins de eight sont des paysages romantiques de la transe et des énergies primordiales, des forces dynamiques cachées dans l’inertie

au lieu unique, en 2010, une partie de ces dessins était présentée dans l’exposition qui a suivi tes six mois de résidence là-bas. pour la première fois, tu as aussi montré des volumes

pour la première fois j’avais la possibilité de travailler en atelier, les premières rampes de salon sont nées là. le skate m’intéresse dans son rapport dynamique au paysage. les rampes sont à la croisée de cela, elles-mêmes puisant dans des formes paysagères naturelles, et mutant par la stylisation vers des formes sculpturales, autonomes

pourquoi avoir installé deux rampes en symétrie ?

les deux quarterpipes dos à dos forment un autre module de skate, un spine, qui en plus de ressembler à une montagne est l’homonyme du spin :) les photos de l’éruption d’un volcan en islande qui avait empêché toutes liaisons aériennes pendant des semaines à cette période m’avaient servi de modèle pour plusieurs dessins de fumée. les rampes et le dessin composant deux triangles symétriques comme ceux d’un sablier y font aussi allusion. je cherchais à faire dialoguer les volumes avec le dessin, avec à l’esprit le travail de william leavitt, je cherchais à examiner la pratique du skate à travers le prisme du tao syncrétique ou quelque chose comme ça

dans cette exposition, j’ai beaucoup aimé ta position pendulaire, entre foisonnement et épure zen, entre attitude potache et rêverie fleur bleue. tu approfondissais une pensée chorégraphique du corps — tu avais réalisé au mur une montagne qui ressemblait à un énorme pubis en frisouillis de peinture argentée — déjà présente dans mont chatte, où la boucle raconte la transe, les ascensions chamaniques et les derviches tourneurs. ton livre tu danses ? porte cette idée en germe, liée à une forme de féminisme intéressante, l’invite gouailleuse des pépettes qui dragouillent en boîte, et rappelle certains dialogues dans le cinéma des années 70, où les femmes émancipées jurent un peu comme les hommes, mais les mots sonnent étrangement dans leur bouche… parce qu’elles continuent d’être des petites filles assez précieuses et romantiques. cela parle des rôles qu’on joue, qu’on choisit ou pas de jouer. tes rampes de salon prolongent ces paradoxes, les références au skate y côtoient l’imagerie domestique, l’acajou passé au pliz et la petite femme d’intérieur. d’ailleurs, la chronologie de tes publications révèle bien cette pensée pendulaire : à l’époque tu avais fini je t’aime et tu commençais à préparer mathrock.

je t’aime est un livre saturé de couleurs, sur le thème de l'eau, qui s’étale sur plusieurs années de travail, d'assemblage de dessins, de rêveries. j’avais besoin de revenir au noir et blanc, et j’étais très en phase avec les logiques qui président à la musique improvisée, les partitions graphiques… mathrock est un projet compact, dessiné à la souris selon un protocole simple et un scénario défini. le livre a été activé en tant que partition lors de différentes rencontres. avec le collectif h.a.k. on a préparé à distance un set très rigoureux de 45 minutes, avec olivier mellano ou haine on a préparé en 5 min des set énergiques de 20 min, avec robonom qui ont pris le mode d’emploi au pied de la lettre et compté les briques pour programmer leurs machines sur une durée de 30 min, avec formanex qui retrouvait une configuration rock, guitare-basse-batterie, pour une durée similaire. la projection d’un montage en direct qui mélange dessins du livre et images du film modifiées accompagne la performance des musiciens

comment décrirais-tu les minichimis ?

les minichimis sont en quelque sorte des accidents de chantier. une gâche de plâtre, une flaque durcie, un aliment fondu, sont à l’origine de ces petites sculptures automorphes… ensuite, j’ai provoqué ces formes à la fois dures et molles, parfois j’ai moulé ou stratifié ces petits volumes qui bougent souvent en séchant, parfois j’ai orienté un plissé de matière, ou retravaillé les finitions au maximum… il n’y a pas vraiment de règle, c’est un répertoire de formes plus ou moins figées, de textures et de couleurs… je les regarde comme des parasites artificiels ou des éléments paysagers miniatures

la première maquette du paraghost vient de ces expérimentations minichimiques

oui, même si le cadre de ce projet a été une nouvelle fois déterminant. l’hôtel pommeraye m’invitait pour douze mois de résidence ponctuée par l’ouverture de la manifestation le voyage à nantes. la proposition consistait en une intervention à l’extérieur de l’hôtel, la réalisation d’une carte de vœux, c’était en 2012 et la fin du monde était très en vogue cette année-là, l’organisation d’un événement public chaque trimestre, et une publication. j’avais tous ces éléments du contexte en tête, et le scénario s’est installé à partir de cette base. l’hôtel est un immeuble classé, situé dans un quartier chic et commerçant où les sacs poubelles envahissent les rues piétonnes tous les mardis, hyper colorés, tout boursouflés, tout propres. j’avais très envie de mouler un vrai tas de sacs poubelles, ce que j’ai fait en réalisant un volume lumineux greffé sur la façade du bâtiment. ce volume extérieur était le prolongement d’un parasitage interne de l’hôtel commencé dans le hall où j’avais modifié les moulures et le mobilier. le canal télé 99 diffusait aussi dans chaque chambre les images et le son issus d’un programme qui digérait l’ensemble du bouquet télé pour retransmettre une sorte de bouillie abstraite et lancinante. l’enveloppe translucide du paraghost en façade, qui évoquait à la fois un tas de sacs poubelle, un sporophore, une sécrétion ou un ectoplasme, contenait un système de miroir et de vidéoprojecteur diffusant le magma aléatoire du canal 99

à nouveau, tu as ramené le champ du sonore dans cette proposition

le scénario de kiss of the paraghost me permettait d’invoquer les thèmes du parasitage et de l’informe, du fantastique et des incantations sonores expérimentales… on a organisé plusieurs performances dans le hall. le groupe discom (erik minkkinen et lionel fernandez) rejouait en live, comme deux machines, leur patch pure data programmé pour le canal 99. et puis, à l’occasion du festival sonor, a eu lieu la création radiophonique ghost soundtrack diffusée en direct sur jet fm, prun fm et radio mulot qui émettaient sur 3 fréquences consécutives durant six heures nos expérimentations sonores, à savoir les lives de av2, air air et robonom, et les interventions, lectures, témoignages des invités, pierre, henri, tober, popol, annie, enid, laurent, julia

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interview
Eva Prouteau, 2014

can you tell me a little about the birth of danny steve?

at the time, i wanted to break into the independent publishers scene, made up for the most part of caucasian males under the big black sun. the pseudonym was like armour or camouflage. our correspondence was uniquely by e-mail, and this generic identity allowed my interlocutors to fantasize

the stamp you use as your signature makes me think more about nintendo

my personal influences span from punk to video games, generally any distraction of the urban setting, teenage boredom and its different forms of expression

danny steve signs and has always signed with a stamp, why?

the stamp is not only a signature, but a label, a visual motif. the faisant foi (100% certified) stamp guarantees both authenticity and anonymity and lets me play with depersonalising the author and the ambiguity between the original and a copy

when was the first time you used this identity?

one day i found a postcard of a mediteranean landscape, printed badly in quadricolor but otherwise blank, in the snowy streets of cluj napolca, a beautiful city equiped with a fleet of old parisian buses and run down by its dictatorship. there was a disturbing strangeness about this random object, impersonal and out of place. danny steve first appeared as a reproduction of this postcard along with ezra pound’s view that paradise is not artificial but spezzato apparently, it exists only in fragments. otherwise, the dog motif has also been associated with danny steve, and was once, among other things, the object of a collective tapestry used as promotional purposes

you have made your name a unifying element within a fragmented and splintered editorial production

yes, the notion of the fragment is at the heart of my editions that toy with the question of rereading, the detonator of an incomplete and evanescent story. it is a unifying principle that claims dispersion, instability, and doubt

this pseudo also resonates as a principle of ambiguous seduction

it refers to an attractive and consumable subculture, familiar, if not universal. my practice of borrowing, in the form of plagiarism or fanart, plays with the absence of style style, that which is kitsch. then concern spawns from vagueness, from absence of content, from none too much or some too little

uncertainty also stems from gender

indeed, this androgenous resonance contributes to the haziness. from a historical viewpoint, the hermaphrodite is an interesting figure, an indivisible bipolar unit, an unsettling promise of plenitude

at that time you also explored stage design in the music scene, over a background of repetitive music and collective energy. was it abraham moles who gave you the taste for VJing?

he transmitted to me his interest in experimental music, in the permeability of mediums. he encouraged my esthetic explorations around the pixel, kinetic looping, and scenarios of intuitive interaction. projecting these images within a space of collective escapism was an ideal context and blending them over the music of derrick may or daniel bell was downright moving. i developed a simple application modeled after a basic video game which allowed me to modify my loops while performing live, on a large and irregular format. the video projections are often the only lightsource in the space, which puts me in command of the decor, it is just atmospheric and semi-autonomous, i become a sensor, you have to listen and pay attention with inspiration, and you have to dance. the collective energy that presides over this kind of event is a pretty intense experience, it’s like that scene in point break where johnny utah ends up surfing in the middle of the night with a gang of outlaws. as part of this festive mass, i could impulsively integrate the motifs that characterize the rest of my work: repetition, duration, movement, and landscape

you seem to be resistant to technology– with your obsolete computer programs, 8-bit esthetics, low budget, and deliberately blurred picture

a low-definition picture quality is charged with emotion, it’s vulnerable. the use of light interests me as a sort of working drawing. a simple algorhythm can be fascinating when applied to a single pixel. (pixel blanc by antoine schmitt proves it.) devices and computer programs change from day to day but the general doctrine remains quite the same, evolving slowly. simplifying to the essential is a way to access subtlety. often, the more it’s rudimentary, the better it is. that said, the dimension of nostalgia is present in my work

this poetry of blurriness, fragility, and lo-fi is also omni-present in your project christened trou carré (square hole).

trou carré is a collective project in which all of its various members have in common an attraction to a certain cybernetic mysticism, the first cellular automatons, the first hackers, it from bit... digital physics or the chaos theory are imaginary worlds, yet they can be observed and verified, which makes you wonder. we try to introduce this feeling of wonder in what we call, between us, square-hole paintings. what we propose is basically affective. the interactive ritual hinges on intuition, even illusion, bringing to mind a fictive story, and the promise of an eventual autonomous program, perceptible due to its inopportune dysfunction. often a computer goes into order, you know... our objective is not the complete and definitive construction of a video game, but the in-depth experimentation of extremely reduced and isolated fragments, constituting contemplative environments, or what brian eno would call quiet clubs

overall your graphic universe is colored by pop and mysticism, where gestures create a state of trance that calls for contemplation

yes, i play with all of that. in their work les statues meurent aussi (even statues die), chris marker and alain resnais show us that a sculptor’s gesture makes the work what it is and the creation of which is a ritual in itself, involving repetition, trance, and abnegation

your landscapes, particularly in the eight series, can be thought of as psychopomps, bringing to mind rites of passage

i started down that graphic track after witnessing spectators at an exhibtion of william blake’s drawings, of which, when observed at a very close distance, reveal alarming micro-weaves. the drawings physically pull the eye in, inevitably leaving the spectator’s face stuck to its hallucinogenic meanderings. i wanted to enter this system of showing work. the eight drawings are romantic landscapes of trance and primordial energies, dynamic forces hidden within inertia

a portion of these drawings were exhibited at lieu unique in 2010, at the end of your 6 months as resident artist, and it was the first time volumes were shown

it was the first time i had the chance to work in a studio space, which is where the first rampes de salon (lounge ramps) were conceived. skateboarding interests me for its dynamic relationship with the cityscape. ramps are at the crossing point of this, drawing themselves on natural landscaped shapes, mutating by stylisation to become sculptural and independent forms

why the decision to present two ramps symmetrically?

two quarterpipes back to back form another skateboarding module called a spine, which not only looks like a mountain, but is homonymous to the word spin. pictures of the volcanic eruption in iceland at that time which blocked all air traffic for weeks served as a model for various smoke drawings. the ramps and drawings positioning two triangles in an hourglass shape also allude to it. i wanted to establish a dialogue between volumes and drawing and, in the spirit of william leavitt’s work, i was trying to examine skateboarding through the prism of syncretic taoism, or something like that

in this exhibtion, i especially liked your pendular position, something between abundance and zen simplicity, between trash attitude and sentimental reverie. you dealt with the body through a choreographic thought process– you made and hung on the wall a mountain that looked like a giant pubic mound covered in a curly mass of silver-painted hair– already present in mont chatte (mount pussy), where the curl is the narrator of trance, shamanic enlightenment and whirling dervishes. your book tu danse ? (wanna dance?) carries the seeds of this idea, linked to an interesting form of feminism, lewd propositions by flirtatious maidens at nightclubs, recalling a certain kind of dialogue from 70‘s cinema, where emancipated women swear a bit like men, but the words come out strange... because they are still quite precious and romantic little girls. it talks about the roles we play, and whether or not we choose to play them. your lounge ramps prolong this paradox, references to skateboarding rub shoulders with domestic imagery, pledged mahogany and the perfect housewife. as a matter of fact, the chronology of your publications shows this pendular thought process in full swing: at that time you had finished je t’aime (i love you) and had just started mathrock

je t’aime is a color-saturated book with a water theme, spanning several years’ time, assembling drawings and reveries. i needed to go back to black and white, and i was very in tune with the logic presiding over improvised music, and graphic sheets... mathrock is a compact project, drawn on screen with a mouse following a basic protocole and a defined storyline. the book was activated as the score for several different encounters. with the collective h.a.k., we prepared a grueling 45-minute set at a distance, with olivier mellano or haine, we elaborated an energetic 20-minute set in a matter of minutes, with robonom who followed the instruction manual to the letter and counted the bricks to program their machines for a full 30 minutes, and with formanex who got back to guitar-bass-drums rock for the same duration. the projection of images from the book and various film cuts were mixed live in tandem with the musicians’ performances

how would you describe the minichimis?

minichimis are what could be called accidents of the construction site. discarded plaster, a hardened blob, or a melted scrap can be the origin of these automorphic sculptures... then, i play a hand in the formation of what could be a hard or soft mass, sometimes molding or stratifying these tiny volumes that often modify as they dry, other times fold material into pleats, or rework their finish to the max...there are no rules when adding to this repertoire of more or less solidified forms, textures, and colors... i see them as artificial parasites or elements of a miniature landscape

the first model for paraghost comes out of these minichimi experiments

that’s right, even though the framework of this project became once again decisive. the pommeraye hotel invited me to be a resident artist for a period of 12 months, punctuated by the opening of voyage a nantes. their proposition consisted of an intervention outside the hotel, the elaboration of a greeting card (it was 2012 and the end of the world was all the rage that year), the organisation of an event every trimester, and the publication of a booklet. with all of these elements in mind, a scenario established itself out of this base. the hotel is listed as a historical monument, located in an elegant neighborhood full of boutiques where every tuesday the streets are invaded by colorful garbage bags, all puffed up and clean. i really wanted to cast a mold of a real pile of garbage bags, which is exactly what i did creating a luminous volume grafted directly on the facade of the building. this external mass was the prolongation of a series of internal parasites that started in the lobby where i modified the moldings and furniture. channel 99 broadcast images and sound scrambled from across the entire television cluster, spreading an abstract and throbbing gruel across the screens of each of the rooms. the translucid skin of the paraghost as seen on the facade not only evoked a pile of swollen garbage bags, but a sporophore, a secretion, or an ectoplasm, containing a system of mirrors and a video projector spewing channel 99’s haphazard magma from within

once again, you brought sound to the heart of this project

the scenario of kiss of the paraghost lent itself to themes around parasites and the shapeless, the supernatural and experimental sound incantations...we organised several performances in the lobby. the band discom (eric minkkinen and lionel fernandez) replayed live their pure data patch programmed for channel 99 like two machines. then there was the radiophonic creation called ghost soundtrack which was part of the sonor festival and broadcast on jet fm, prun fm, and radio mulot, broadcasting 6 hours of live sound experimentations on three consecutive frequencies, including live performances of av2, air air, and robonom, along with interventions, readings, and accounts by a panoply of guests including pierre, henri, tober, popol, annie, enid, laurent, julia

interview conducted by eva prouteau between the 19th and 26th of may, 2014
translated by enid gay